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Séisme : du Japon aux côtes françaises…

Posted by neoconception on mars 14th, 2011

Alors que les catastrophes récentes, comme ce 11 mars au Japon, ou encore à Haïti et en Indonésie nous prouvent, s’il en était besoin, que la question des séismes et des tsunamis est toujours au cœur de l’actualité, qu’en est-il en France ? Quelles sont les zones à risques ? Où en est la réglementation ? Eléments de réponse.

Dimanche, le bilan du violent séisme qui a touché le japon faisait état d’au moins 10.000 morts. D’une violence inouïe – 8.9 de magnitude – il a provoqué le déferlement de vagues mesurant jusqu’à 10 mètres de haut sur les côtes nord-est de l’archipel. Le tremblement de terre avait également provoqué de nombreux incendies dans la capitale, Tokyo, et surtout l’arrêt des centrales nucléaires et des complexes pétrochimiques, amenant le gouvernement à déclarer l’état d’urgence nucléaire. L’alerte au tsunami concernait principalement la Russie, l’Indonésie, Taiwan, les Philippines, Hawaï et les îles Mariannes et Kouriles. Les îles françaises du Pacifique, Wallis et Futuna, la Nouvelle Calédonie et la Polynésie française étaient également en ligne de mire.

Du coup, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, a mobilisé l’ensemble des moyens dédiés à la prévention de risques naturels afin d’évaluer l’ampleur de la vague qui devait toucher les côtes de ces territoires français. Ce lundi, elle doit aussi se rendre, en compagnie d’Alain Perret, directeur de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur, au Centre d’alerte tsunami du CEA, qui lui présenteront les modélisations numériques de la propagation de la vague afin de suivre au plus près l’évolution dans le Pacifique.

La France est-elle préparée à un tremblement de terre ?
Le 7 juillet 2010, un colloque au Sénat - dont les actes ont été publiés en novembre 2010 - réunissait les spécialistes français de ce sujet, et le 24 octobre, deux décrets et un arrêté concernant la réglementation sismique ont été publiés. Nos consœurs de Maison à part faisaient le point en novembre 2010.

Le saviez-vous ? Comme le rapporte la Lettre du Plan Séisme d’octobre dernier, plusieurs petits séismes modérés ont secoué la métropole en juillet et septembre. Le dernier, de magnitude 4.5, s’est produit à l’Ouest de l’île d’Oléron, le 28 septembre. Il n’a occasionné aucun dégât, mais a été ressenti depuis l’île, jusqu’à Saint Nazaire. La France est, en effet, sujette aux séismes. Si sa sismicité est de type modérée sur le territoire métropolitain, elle est beaucoup plus à risque aux Antilles.

Zones concernées
En métropole, les principales zones concernées sont les frontières Est (Alsace, Jura, Alpes) Sud-Est (Alpes Maritimes, Provence) et Pyrénées, ainsi que de manière diffuse, une zone allant du Cotentin aux Charentes, a expliqué à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, le 7 juillet dernier lors d’une table ronde sur le sujet, Pierre-Yves Bard, chercheur au Laboratoire de géophysique internet et tectonophysique. Les derniers “gros séismes” recensés en France métropolitaine datent ainsi de la fin du XIXe et du début du XXe, avec notamment celui de Provence, en 1909, qui a fait des centaines de victimes et des dommages économiques estimés à 700 millions d’euros.

Risque fort aux Antilles
Aux Antilles, non seulement l’aléa (la probabilité) du séisme est grand, mais il faut compter aussi sur une vulnérabilité importante des constructions. Ainsi, alors que se sont multipliés ces derniers temps des catastrophes majeures, comme en Indonésie ou encore à Haïti (dont les illustrations de cet article sont tirées), il est donc tout à fait pertinent de se demander si la France est suffisamment préparée à faire face au risque de tremblement de terre et de tsunami. C’était tout l’objet du colloque du 7 juillet, dont les actes viennent d’être publiés.

Alors où en est-on ? A l’issue de ces tables rondes, l’OPECST relève qu’”Aujourd’hui, la France n’est pas préparée à un tremblement de terre”, dans le communiqué annonçant la publication des actes, le 28 octobre dernier. Parmi les évaluations présentées à cette occasion, il a été mentionné que, si un séisme comme celui de Provence de 1909 survenait aujourd’hui, les victimes se compteraient par centaines et les dommages économiques seraient tout aussi importants. De même, un séisme similaire à celui qui a touché Fort de France en 1839 ferait aujourd’hui plus de 30.000 victimes.

Etes-vous situés dans une zone à risque ?

Cela ne veut pas dire que rien est fait, au contraire ! Tandis qu’un dispositif d’alerte aux tsunamis se met en place petit à petit en Méditerranée, le plan Séisme national doit achever ses travaux cette année.

Le Plan Séisme
Lancé en 2005 par le gouvernement et sous l’égide de plusieurs ministères, il présente plus de 80 actions “sur l’ensemble des volets de la prévention, comme l’a rappelé Laurent Michel, directeur général de la prévention des risques, délégué aux risques majeurs au MEEDDM (ministère du développement durable) aux parlementaires, la connaissance des risques, l’information, la surveillance, l’aménagement du territoire, la réduction de la vulnérabilité, la préparation à la gestion de crise et les retours d’expérience.”

De même, les outils de surveillance du territoire, que cela soit en métropole comme aux Antilles, se développent. La sécurité civile est de son côté préparée à faire face pour venir en aide aux populations, mais elle manque encore de moyens.

Nouvelle carte
Enfin, les derniers décrets et arrêté publiés ce 24 octobre marquent un pas de plus vers la prévention, en posant les termes de la nouvelle réglementation parasismique (prévue pour le 1er mai 2011, ndlr), délimitant un nouveau zonage sismique national et les règles de construction parasismique en fonction de ce zonage de 1 (zone à faible risque) à 5 (zone d’aléa fort). La publication de la carte des aléas sismiques était très attendue (depuis six ans !) : elle traduit notamment une extension des zones où la réglementation parasismique doit s’appliquer.

Quel bilan ?

Le bilan du Plan Séisme doit encore passer par le Conseil d’orientation pour la prévention des risques naturels majeurs, mais des progrès sont notables sur la prévention notamment “dans la coordination et la mobilisation des acteurs”. Pour Laurent Michel, les enjeux restent néanmoins “le traitement de la vulnérabilité du bâti et des infrastructures, le besoin (…) de décliner le Plan Séisme régionalement par bassin de risques”.

Malgré le plan séisme et même si des efforts sont menés, résume l’OPECST, “les constructions restent vulnérables à cet aléa, en raison du non respect des normes parasismiques et de l’impossibilité matérielle de l’Etat d’assurer un contrôle efficace de leur respect.” Et de donner l’exemple des Antilles, où “un gros travail de diagnostic a été entrepris”, mais où “la mise aux normes est lente et coûteuse”.

Une indifférence à combattre

L’un des principaux problèmes de la France dans la gestion du risque sismique reste enfin l’indifférence des populations et encore, à un certain niveau, des décideurs. “Vous nous prenez pour des Japonais !” s’était ainsi entendu dire le sénateur Jean-Claude Etienne, premier vice-président de l’OPECST, dans les couloirs du Sénat juste avant l’ouverture du colloque (le Japon étant un pays particulièrement sujet aux séismes, ndlr). La sensibilisation est donc un des enjeux majeurs du sujet.

Le MEEDDM affirmait d’ailleurs lors de la publication de la nouvelle réglementation parasismique, “L’actualisation de la réglementation parasismique et son harmonisation au niveau européen sont l’occasion de réaffirmer que le respect des règles en vigueur est le moyen le plus efficace de se protéger des effets d’un séisme”. Et d’ajouter, “Plusieurs régions françaises sont concernées par le risque sismique et des vies humaines sont en jeu. Ensemble, anticipons !”.

Ce n’est pas parce que ce n’est pas encore arrivé…
De son côté, l’OPECST explique dans son communiqué que “L’adoption de bons reflexes en cas de séisme et plus généralement de catastrophe naturelle permet souvent de sauver des vies et de limiter les dégâts matériels. Il est donc indispensable de renforcer l’autoprotection du citoyen en développant l’éducation et la formation de ce dernier à tous les âges de la vie”. Ce n’est pas parce que cela n’est pas encore arrivé chez nous, que cela n’arrivera jamais…
Des animations de sensibilisation aux risques majeurs sont disponibles sur le site du MEEDDM (ministère du développement durable).

Pour en savoir plus sur le sujet, liens utiles

Actes du colloque “La France est-elle préparée à un tremblement de terre ?”, le rapport de MM Jean-Claude Etienne et Roland Courteau, fait au nom de l’OPECST. L’analyse de la préparation de la France face au risque sismique et de tsunami, avec également l’étude de deux scénarios touchant les Alpes Maritimes (Menton) et les Antilles.

- Site Plan séisme
- Lettre Plan séisme du mois d’octobre
- Lettre du Plan séisme du mois de novembre

- Portail interministériel de la prévention des risques majeurs

- Portail de la prévention des risques majeurs

- Décrets du 22 octobre 2010 sur la nouvelle réglementation parasismique : prévention du risque sismique ; délimitation des zones de sismicité du territoire français
- Arrêté du 22 octobre 2010 relatif à la classification et aux règles de construction parasismique applicables aux bâtiments de la classe dite “à risque normal”.

FABRICE 14 MARS


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